Sœur Claire Blandine : “Ensemble, nous formons le visage du Christ”

Sœur Claire Blandine, originaire des Yvelines,
a fait profession perpétuelle
chez les clarisses de Cormontreuil,
le mardi 1er mai à 11h.

Quelle est la genèse de votre vocation ?

Claire Blandine. Dès l’école primaire, j’avais le désir de suivre Jésus, sans le nommer comme un désir de vie religieuse. Ma vocation a mûri progressivement, à travers divers engagements, dans le scoutisme notamment. Par ailleurs, des figures comme frère Roger de Taizé et sœur Emmanuelle m’ont profondément marquée. Pendant mes études d’histoire, j’ai cheminé avec le service des vocations du diocèse de Versailles. En 2002, j’ai passé trois jours à Cormontreuil pour découvrir la vie monastique. Je fus touchée par la beauté de la liturgie, la vie simple et joyeuse de la communauté, au point que je consacrai mon mémoire de maîtrise à sainte Claire d’Assise. Je suis entrée au monastère le 22 octobre 2005, à 24 ans.

Vous étiez très jeune… N’aurait-il pas été préférable de vous confronter au monde du travail pour être plus mature ?

 Avant de faire un choix important, il est certain qu’il faut avoir atteint un certain degré de maturité, être suffisamment adulte. La question de savoir si je devais avoir une expérience professionnelle s’est posée. J’avais beaucoup de joie à venir ici, la perspective d’entrer au monastère me mettait en paix ; la joie et la paix sont des signes de l’Esprit. Par ailleurs, ne vivant plus chez mes parents, j’avais acquis une certaine autonomie et je m’étais épanouie grâce à plusieurs activités : soutien scolaire, cheftaine scoute, engagements associatifs et ecclésiaux, petits boulots… Bref, je me sentais prête à entrer au monastère.

Diriez-vous que votre personnalité a continué à se développer au monastère ?

Puisque nous croyons en un Dieu qui s’incarne, notre vie chrétienne doit être incarnée. En ce sens, si nous y sommes appelés, la vie religieuse est un chemin qui nous conduit à être plus nous-mêmes. En ce qui me concerne, je sens une vie qui grandit en moi ; ma personnalité est plus vivante. Pour avancer sur ce chemin d’humanisation, nous pouvons nous appuyer sur la vie fraternelle (travail, moments de détente), les rencontres avec ceux qui viennent au monastère et la vie de prière (célébrations en communauté et méditation solitaire de la Parole de Dieu). Jésus est venu pour nous donner la vie en abondance, la vie de l’Esprit. Si ceux qui le suivent dans les monastères deviennent des morts vivants, il y a un problème !

A 24 ans, on est souvent un peu timide… Ce chemin d’humanisation vous a-t-il permis de vous affirmer ?

 Je ne crois pas que l’enjeu consiste à s’affirmer. Je dirais plutôt qu’étant à ma place, j’ose plus être moi-même, dire ce que je pense, m’engager dans des activités. Le jardinage, je n’en avais jamais fait avant d’entrer au monastère ! Grandir en humanité, c’est non seulement développer ses talents, mais aussi accepter ses fragilités, apprendre à vivre avec elles, les apprivoiser. Je suis frappée par l’humanité de sainte Claire ; elle avait une grande tendresse pour ses sœurs. Au monastère, nou nous inspirons de son exemple ; nous prions les unes pour les autres. Nous avons également tous les lundis un temps au cours duquel nous exprimons oralement nos demandes de pardon.

La vie communautaire, c’est l’unité dans la diversité ?

Vingt-six sœurs vivent à Cormontreuil ; chacune apporte sa personnalité, ses richesses et ses pauvretés. La vie fraternelle nécessite beaucoup d’ouverture, de se laisser déplacer par l’autre. Ce n’est pas parce que j’ai toujours fait une chose d’une certaine façon, que je dois penser que ma méthode est meilleure que celle de l’autre sœur !La vie fraternelle est très importante, car le Christ se donne à travers toute rencontre humaine (Saint-François s’est converti en rencontrant un lépreux) ; et la première rencontre que j’ai à vivre dans mon quotidien est celle de ma sœur. Dans la vie communautaire, il ne s’agit pas de gommer les différences, mais de vivre ensemble avec nos différences. Pour composer le portrait du frère mineur idéal, saint François a emprunté à chacun de ses familiers sa vertu caractéristique : la foi de Bernard, la simplicité de Léon, la prière de Rufin, etc. Cela veut dire que le frère ou la sœur parfaite n’existe pas, c’est ensemble que nous formons le visage du Christ. C’est comme cela que je comprends la photo du Christ aux mille visages que nous plaçons dans la chapelle à la Toussaint.

Votre monastère attire des personnes qui ne vont pas en paroisse. Quel regard portez-vous sur la crise que traverse l’Eglise ?

Je pense que les personnes qui viennent au monastère cherchent des lieux où elles peuvent être écoutées, des lieux de silence aussi. Même si les chiffres de la pratique religieuse sont en baisse, je ne suis pas inquiète pour l’avenir. Je constate que beaucoup de personnes ont soif de connaître la Parole de Dieu. Alors, continuons à annoncer le message du Christ !

 

Source  : http://catholique-reims.cef.fr/spip.php ?article2875

 

 

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