jeudi 18 septembre 2014
Anne-Claire Dangeard

Vous avez dit vocation ?

La vie a-t-elle un sens ?

C’est à partir d’une expérience spirituelle, et de leur relation d’amour avec Celui qu’ils considèrent être à la source de la vie, que les chrétiens ont accueilli cette conviction que la vie de tout être humain (et de la Création en générale) a un sens, une raison d’être.

Du point du vue chrétien, la vie n’est pas un éternel recommencement, ni un simple hasard, ni simplement le résultat d’un croisement de phénomènes naturels. Elle a un commencement, elle a un sens, elle est orientée, elle a une fin. On pourrait dire, d’une manière un peu rapide, qu’elle est le fruit d’une volonté.

Cette conviction n’est pas d’abord le résultat d’un raisonnement, mais celui d’une relation à ce qui « passe l’homme en l’homme » (Pascal, Les pensées) et que nous nommons Dieu.

 

Quelle est la fin de l’homme : l’amour

C’est en Jésus Christ que les chrétiens reconnaissent la fin de l’humanité : devenir toujours davantage une communauté de fils et filles du Dieu-Père par une adhésion toujours plus profonde à l’accomplissement de notre humanité, autrement dit, de l’amour du Père en tout homme (= le salut ou la vie divine en l’homme). C’est la sainteté : aimer et être aimé.

« Rien n’est plus important que de rencontrer Dieu. C’est-à-dire, tomber amoureux de Lui d’une manière définitive et absolue. Ce dont tu tombes amoureux saisit ton imagination et finit par laisser des traces en tout. C’est ce qui te décide à te lever chaque matin, qui t’inspire durant tes soirées, ce à quoi tu occupes tes week-ends, ce que tu lis, ce que tu connais, ce qui déchire ton cœur et ce qui te saisit de joie et de reconnaissance. Tombe amoureux ! Demeure dans l’amour ! Tout sera différent. »

Pedro Arrupe (Jésuite)

 

Du sens à la liberté et la responsabilité.

De cette fin, l’amour inconditionnel du Dieu-Père, découle notre liberté. Il n’y a pas d’amour sans liberté. Si le Père est véritablement amour, alors l’homme est libre d’accueillir ou de refuser cet amour. Il ne s’agit donc pas ici de la liberté de « faire ce qu’il me plait », mais de la liberté d’ « entrer dans une relation d’amour » qui nous précède et nous dépasse, à l’intérieur des limites de notre condition de créature. Cette relation est au principe de notre vie, elle est notre désir profond, la marque du Dieu-Père en l’homme. Saint Augustin le résume en ces termes : mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi.

Cette adhésion d’une personne à l’amour du Père, seul le Père la connait. Mais, devant un possible refus de cet amour, tout être humain porte une responsabilité envers lui-même et envers les autres.

L’homme a donc une responsabilité à exercer dans l’accomplissement de sa vocation : discerner ce qui dans sa vie ordonnera davantage sa liberté, sa volonté et son agir à la fin pour laquelle il est créé.

 

Jésus Christ celui qui accomplit toute vocation humaine.

En Jésus Christ, les chrétiens reconnaissent celui qui a vécu pleinement la vocation humaine de fils du Dieu-Père. En aimant les hommes et son Père jusqu’au bout, c’est-à-dire en allant jusqu’à risquer sa vie pour faire triompher l’amour du Père, il a précisément répondu à sa vocation de Fils.

En le suivant, par la méditation de sa Parole, la prière, le service des autres, nous devenons toujours davantage des fils et filles du Dieu-Père à notre tour.

 

Différentes modalités pour suivre Jésus, différents moyens pour atteindre la fin.

Pour les chrétiens, tout homme est une personne unique qui a une histoire unique. Une personne est le fruit des multiples décisions qu’elle a prises ou qui ont été prises pour elle à l’intérieur de conditions familiales, sociales, économiques, etc., particulières dans lesquelles elle s’est développée.

Au cœur de sa vie elle peut sentir un appel ou un désir à unifier tout cela et à rester vraie avec elle-même devant les autres et devant Dieu. Face aux multiples chemins qui s’ouvrent, elle aura à se décider pour celui par lequel elle souhaite conduire sa vie à la suite de Jésus Christ.

Père Matthieu, religieux :

« Dans l’histoire de ma vocation, les expériences fortes que j’ai faites dans la communauté chrétienne ont été un élément décisif quand j’ai cherché à comprendre à quoi Dieu m’appelait. Il y en a trois qui ressortent particulièrement. Quatre ans de suite, j’ai passé une semaine l’été à travailler avec des amis qui s’occupaient d’enfants handicapés ou socialement défavorisés. Nous avions la Messe chaque jour et nous priions ensemble le soir. Il y a eu ensuite les deux Semaines Saintes pendant lesquelles j’ai marché de Chichester à Worth Abbey, en traversant les South Downs, une croix sur le dos. Enfin, je me souviens avec reconnaissance d’une semaine passée à Taizé. J’entends souvent les gens dire, que pour découvrir sa vocation, on doit découvrir ses désirs les plus profonds, et je suis plutôt d’accord. Mais il y a beaucoup de choses que nous désirons dans la vie, beaucoup de choses qui nous crient : "Choisis-moi". Les expériences dont je viens de parler ont été le lieu d’une lente croissance de la liberté qui nous est donnée quand nous aimons et que nous aidons les autres. L’amour et le service m’ont rendu capable de regarder en profondeur et au-delà de mes besoins personnels, et d’entendre plus clairement l’invitation du Seigneur à le suivre. » (Stephen Wang, Comment découvrir sa vocation, Edition des Béatitudes, avril 2011)

 

Différents chemins s’ouvrent à nous, reconnus bons par la tradition chrétienne.

Déjà insérée dans une communauté d’hommes et de femmes, le chrétien n’est pas devant une place vide. Une tradition le précède qui lui offre différentes formes de vie déjà éprouvées : le Mariage, la vie religieuse, le célibat consacré ou non, le sacerdoce, le diaconat permanent. C’est donc en confrontant son désir profond (l’appel du Seigneur) aux formes concrètes reçues de la tradition, que la personne sera appelée à entendre la façon dont l’Esprit de Dieu agit en elle et la conduit.

 

Un choix et un engagement dans la confiance

Cependant, il n’y a jamais d’adéquation parfaite entre les désirs profonds que l’homme porte en lui et la réalité de la vie. Ce qu’il vivra dans sa vie de couple ou dans sa vie de religieux ne correspondra jamais exactement à ses attentes. Mais, à un moment donné de sa vie, il aura à exercer sa liberté et choisir une des voies. Pour fonder véritablement le choix sur Jésus Christ et le vivre dans la fidélité d’une parole donnée, il peut alors être profitable d’entrer dans une démarche de discernement. Mais la décision finale restera toujours une question de foi en un Dieu qui nous aime et nous offre la vie divine sans conditions.

 

Quelques éléments pour préciser la spécificité de la vie religieuse

Les éléments constitutifs de la vie religieuse se retrouvent dans les quatre points que nous allons rapidement présenter ci-dessous :

1. Un engagement à la suite du Christ seul avec le soutien d’une communauté fraternelle.

Toute vie chrétienne est choix radicale du Christ. Mais le « Toi seul » dit au Christ par les religieux se différencie de celui des hommes ou des femmes mariés en ce qu’il est un « Toi seul » sans aucun autre « toi seul » humain. (CORREF, « L’identité de la vie religieuse. Proposition théologique », éditée par la Commission théologique de la Corref, Janvier 2011) Ceci dit, en général, il ne se vit pas dans la solitude absolue. Il s’inscrit dans une communauté de vie fraternelle.

2. La profession

La parole de profession, avec les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance est expression publique du désir et de la résolution de laisser s’unifier toute son existence par cette relation particulière au Christ et en un lieu particulier. Elle est l’expression d’un engagement libre et total de soi. Engagement fondé sur la promesse de vie éternelle déjà reçue en Jésus Christ.

3. Une vie apostolique

Toute vie religieuse est apostolique en tant qu’annonce du Royaume. (CORREF, « L’identité de la vie religieuse. Proposition théologique », éditée par la Commission théologique de la Corref, Janvier 2011)  Les religieux témoignent à travers le vœu de pauvreté de leur rapport à la vie comme à un don de Dieu, « Ton amour seul me suffit ». Le vœu de chasteté est le signe de l’espérance en une vie plus forte que la mort. Enfin le vœu d’obéissance les invite à se rendre disponible à tous, pour le service du dessein de Dieu pour les hommes.

4. Une manière de vivre.

La vie quotidienne des religieux est fondée avant tout sur l’écoute et la mise en pratique de la Parole de Dieu. C’est le roc véritable sur lequel repose les liens fraternels. Des « règles de vie » ou constitutions sont des moyens pour vivre ensemble ce désir de suivre le Seigneur seul.

 

Questions pour une discussion :

Qu’est-ce que j’ai du mal à comprendre ? Qu’est-ce qui est neuf pour moi ? Avec quoi suis-je en accord ? Avec quoi suis-je en désaccord ? Qu’est ce qui est essentiel dans ce texte pour moi ? A quoi est-ce que je me sens invité ? Comment mes aspirations trouvent-elles leur place dans cette façon d’aborder la question des vocations ?

 

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