L’esprit d’Assise, pour tous, tous les jours et partout

Bien plus que l’image ou le symbole, la rencontre d’Assise est un souffle qui s’impose à chacun de nous, tous les jours et partout. Echo d’un pèlerinage organisé par l’établissement scolaire Saint Jean Hulst du 23 au 27 octobre dernier en lien avec la vie religieuse apostolique et monastique.

Le pèlerinage a été encouragé et soutenu par l’aide et la prière du père Abbé de Ligugé, président de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), les frères cisterciens de Timadeuc, les frères bénédictins de Ligugé et de Landévennec, les sœurs bénédictines de Jouarre, de Sainte Françoise Romaine et d’Abou Gosh (Jérusalem), la famille dominicaine, la tutelle eudiste, l’association des anciens élèves de Saint Jean Hulst.

A l’invitation de Benoît XVI comme des « pèlerins de la paix, pèlerins de la vérité », nous étions 17 a répondre à l’appel, élèves, adultes de la communauté éducative et religieux apostoliques et monastiques. Nous avons commencé notre voyage par une visite d’Assise, des lieux marqués par la spiritualité de saint François accompagnés par un frère capucin. Comment le parcours de saint François fait échos dans nos vies ?

 
Vivre l’esprit d’Assise, pour tous

L’objectif de ce voyage était de réfléchir à l’ouverture à l’autre au-delà des différences et signifier au monde d’aujourd’hui l’urgence de prendre des initiatives pour œuvrer à la rencontre mutuelle. Oser la rencontre, engager le dialogue avec d’autres, c’est ce qui nous a été offert de vivre pendant ce voyage et particulièrement le jour de la rencontre des représentants des grandes religions. Rien de bien compliqué : un regard, un sourire quelques paroles échangées avec ce groupe de dialogue interreligieux venu d’Allemagne…

 
Vivre l’esprit d’Assise tous les jours

Tous les sociologues notent la détérioration du lien social et la difficulté de nos contemporains à dépasser la seule recherche de leurs satisfactions personnelles. Ce constat nous invite tous, enseignants, éducateurs, accompagnateurs à repenser notre relation aux jeunes qui nous sont confiés et plus largement notre relation aux autres. Quelle posture adopter pour mieux aider les jeunes générations à bâtir un monde de paix ? Le témoignage d’une sœur bénédictine d’Abou Gosh, près de Jérusalem, a été pour tous un moment fort. Dans le récit de son quotidien au milieu d’une population juive et palestinienne, elle a rappelé l’importance de l’ouverture aux autres pour ne pas rester chacun de côté et faire tomber les barrières de l’ignorance et de la peur.

 
Vivre l’esprit d’Assise partout

A l’issue de ce voyage, une question habite chacun : comment rendre compte de ce que nous avons vécu ? Le témoignage des religieux qui étaient avec nous est une piste de réponse. Il n’est pas anodin de retrouver dans leurs devises le célèbre « PAX ». Car la paix est bien ce à quoi ils œuvrent effectivement. Au cœur de leur quotidien : l’hospitalité et la vie fraternelle dans la différence… pour que la diversité ne demeure pas lieu de crispation et de violence.

Sr Anne-Claire Dangeard, op
 
 
 
Témoignages
 

Père Romain Drouaud, eudiste

 

C’est comme prêtre accompagnateur de l’établissement scolaire Saint-Jean-Hulst, sous tutelle de la Congrégation des Eudistes, que j’ai participé avec joie au « pèlerinage pour la paix », 25 ans après la première rencontre interreligieuse à Assise.

L’événement que nous avons vécu est un symbole fort par les temps qui courent. A l’encontre des revendications communautaristes de plus en plus accrues, la rencontre d’Assise est un signe fort d’espérance pour le monde, et peut-être particulièrement pour les jeunes tant ceux-ci pourraient parfois désespérer des religions ou bien craindre la rencontre de l’autre différent. Comment ne pas être frappé par le climat de sérénité et simplicité qui émanait de cette journée ainsi que par l’attitude humble et bienveillante de ceux qui représentaient leur religion ou tradition de pensée ? A travers les gestes, les paroles et les silences, s’exprimait quelque chose d’une recherche de la vérité que personne ne prétendait posséder.

Plus encore, à la suite de saint François, le poverello d’Assise, nous avons expérimenté que la rencontre interreligieuse ne relève pas d’autre chose que de la logique même du Christ et de son Royaume de paix. Comme chrétiens, nous nous sommes laissé gagner par cette conviction intérieure : nous étions rassemblés avec d’autres croyants ou humanistes « à cause de l’Evangile ». Car le travail de l’Esprit nous rapproche de Dieu en nous rapprochant les uns des autres, par un chemin non pas de fusion mais d’union, un chemin qui mène non pas au relativisme mais au dialogue, un chemin sur lequel se révèlent et s’accomplissent nos différences. C’est dans une véritable appréhension de ces différences que se déploie notre humanité, grâce au travail de l’Esprit, par l’élargissement de soi et de notre intériorité. Là est le chemin vers la paix, là est l’esprit d’Assise, là est l’Esprit de Dieu. Et je crois fermement que nous, éducateurs et religieux, nous avons la responsabilité particulière d’accompagner nos jeunes contemporains, au quotidien   en nos divers lieux, sur les chemins de l’altérité et du dialogue selon l’Esprit qui a soufflé à Assise.

 
 
Frère Christophe, Abbaye de Ligugé
 
5 Jours à Assise….
 
A l’heure où j’écris ces lignes, nous venons d’achever les 1ères Vêpres de tous les saints…

Nous sommes déjà loin au sens propre et figuré d’Assise mais les antiennes de ce soir résonnent étrangement et accomplissent quelque part ce que nous avons pu vivre ensemble en Ombrie :

« Exultent iusti in conspectu Dei…Et delectentur in laetitia » : « Joie pour les justes ; en face du Seigneur, ils exultent » (Ps67,4).

Justes, nous le serons tous assurément un jour et un jour aussi nous exulterons en face du Seigneur.

Tels des disciples en marche, nous avons jours après jours, gravi la colline d’Assise et le cœur de chacun s’est intensément dilaté ; il faut dire que nous étions bien ensemble ; il faisait beau, bon, la Création tout entière semblait se préparer à la Communion que nous allions vivre le jeudi 27 octobre.

Une joie immense faisait advenir en chacun le désir profond de devenir des hommes et des femmes justes et saints, avec la grâce de pouvoir au-delà de ces jours diffuser autour de nous et pour toujours ce que nous recevions ici en abondance à chaque instant. Pour preuve, nos visages, nos voix, nos échanges n’étaient pas les mêmes au départ qu’à l’arrivée…quelque part, nous étions métamorphosés…alleluia !!! Lodate il Signore !!!

A travers les personnages de Saint François et de Sainte Claire, nous avons pu nous rapprocher de ce à quoi nous sommes tous appelés…..je veux parler de la sainteté….Riches devenus pauvres, puissants devenus humbles, Saint François et sainte Claire ont tout compris, ont tout donné, ont tout quitté. Ils savaient que le Christ était leur seul trésor…La Béatitude commence par l’humilité (Cf Chapitre VII Règle Saint Benoît)…

Quel est notre trésor ?

Ensemble, autour du Saint Père Benoît et des représentants religieux de tous pays, nous avons veillé, chanté, prié, aimé, adoré…qu’il est bon de louer le Seigneur ensemble !

Le Paradis avant l’heure pour quelques heures, signe de notre foi et de notre espérance dans un monde qui crie encore sa souffrance dans les douleurs de l’enfantement qui dure encore… nous le savons bien…

Nous voudrions que cette expérience se prolonge à jamais. Que l’intercession de tous les saints nous soit favorable et que la joie de servir le Christ, doux et humble de cœur parvienne jusqu’à vous et qu’elle se diffuse intensément pour que ‘Ton Règne vienne’…

Cantate al Signore un cantico nuovo, sia onore Re, sia gloria a Dio che siede sul Trono.

Risuoni la lode, la benedizione al Signor che era e che è, che sempre sarà, alleluja, alleluja.

 
 
 

Sœur Marie Madeleine, Monastère d’Abu Gosh

Assisi 2011 – un moment d’éternité
 

La semaine à Assise du 24 au 29 octobre 2011 a été pour moi une expérience de communion profonde avec l’humanité toute entière.

La belle introduction à la figure de saint François d’Assise que le Frère Jo Coz nous a donnée a creusé jour après jour cette ouverture intérieure qui permet de rejoindre chacun comme un être créé et aimé par Dieu. Ceci d’abord dans notre petit groupe : en cheminant ensemble, le respect mutuel, la confiance et la joie d’être ensemble ont grandi, les peurs sont tombées et les différences n’ont pas empêché mais plutôt enrichi les rencontres.

Pour moi personnellement, la veillée à la Basilique St Rufin le mercredi soir a été un moment très fort de prise de conscience de mon propre rêve de paix et aussi de communion avec l’Eglise locale avec ses jeunes pleins d’espérance et de joie. Voir le lendemain tous les représentants des diverses religions et des non-croyants réunis et les entendre prononcer leur engagement pour la paix m’a profondément touché et rempli du sentiment d’une grande harmonie de la création qui s’installait sur la place Saint François et rayonnait sur le monde.

 
 

Frère Christophe, Abbaye de Ligugé

Inoubliable Assise !
 
Il revient à l’équipe pastorale du lycée St Jean Hust (Versailles) l’initiative de monter un projet original et audacieux : un pèlerinage à Assise sur les pas de St François et de Ste Claire dans le climat de la rencontre interreligieuse du 27 octobre 2011 avec le pape et les représentants des autres religions. Un groupe d’horizons différents, composé de 7 religieux (bénédictins(es), eudiste, dominicaine, capucin), de 7 laïcs investis dans le monde de l’éducation et de 3 jeunes. Des personnes qui ne se connaissaient pas pour la plupart ont appris à vivre ensemble, partagé et vécu 5 jours intenses à Assise. Au pas de course et dans la bonne humeur tant Assise regorge de merveilles : visite de la basilique St François et de Ste Claire, l’église mémorable St Damien ou St François a entendu la demande pressante du christ « Rebâtis mon église », montée à l’ermitage des Carceri, etc. Sans oublier, cerise sur le gâteau (ou plutôt sur la glace… italienne !), la splendide journée ensoleillée avec le pape ou les représentants des différentes religions réunis ensemble se sont engagés avec force pour promotion de la paix et du dialogue entre religion. Vraiment, Assise mérite d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO !

Alors bien sûr, des esprits cyniques ne manqueront pas de ricaner en trouvant cette réunion dérisoire, inefficace, utopique. Regarder le monde : on est loin de celui des Bisounours ! Et ils auront cruellement raison. Le pape Benoit XVI le rappelait aussi au tout début de son intervention. Au risque de casser l’ambiance ? Ce constat pourrait se révéler déprimant, démobilisant si on réduisait cette aventure à un simple tourisme spirituel, à des vœux pieux qui n’en mange pas de pain, à un voyage gastronomique. Tout au contraire, indépendamment de la lutte contre les régimes d’oppression, l’esprit d’Assise nous stimule pour combattre en nous même les germes de violence : rivalité, désir de domination, amertume, colère. Voilà peut-être l’enjeu de ce pèlerinage, notre responsabilité, note défi. Qui peut s’exonérer de cette conversion ?

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