Homélie de Mgr Jean-Louis Papin, samedi 28 janvier 2012

Brother & Sister act, missionnaires de l’Espérance
Samedi 28 janvier 2012, eucharistie à Passy-Buzenval (92)


Homélie de Mgr Jean Louis Papin, évêque de Nancy et Toul, président de la commission épiscopale pour la vie consacrée



SAMEDI DE LA 3ème SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE


  On est au soir d’une longue journée particulièrement dense. Après l’appel des Douze sur la Montagne, Jésus est redescendu avec ses disciples au bord du lac. Et là, il se mit à enseigner les foules en paraboles : la parabole du semeur, celle de la lampe que l’on doit mettre sur le lampadaire, celle de la petite graine de moutarde. Journée certainement harassante !

Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive ». Pour se mettre à l’écart et se reposer ? Peut-être. Mais il se trouve que passer sur l’autre rive, c’était quitter la région où il était chez lui pour rejoindre la Décapole, pays des Géraséniens, terre païenne. Comme si Jésus voulait d’emblée signifier à ceux qu’il venait d’appeler que sa mission ne s’adressait pas au seul peuple élu mais à tout homme vers qui il devait aller. La mission ne connaît pas de frontières, elle ne connaît pas de repos. Et c’est bien ce qui va se passer : à peine Jésus aura-t-il débarqué sur l’autre rive qu’il sera interpellé par un possédé.

Passer sur l’autre rive ! Cette expression que l’on rencontre à plusieurs reprises dans les évangiles est bien plus qu’une information géographique sur les déplacements de Jésus. Elle nous dit quelque chose d’important concernant sa mission et donc la mission de l’Eglise, notre mission, la vôtre, la mienne. Elle nous dit que nous avons, nous aussi, à quitter des terres et un environnement qui nous sont familiers pour nous risquer dans des réalités, des cultures et des mondes nouveaux où le Christ est peu ou pas connu. Et Dieu sait si ces contrées, ces aréopages comme disait le bienheureux Jean-Paul II, sont aujourd’hui étendus et nombreux. Je n’en ferai ici ni la nomenclature ni la description. Un certain nombre d’entre eux ont fait l’objet des forums de cet après-midi. Je veux simplement retenir que l’amour du Christ nous presse pour qu’à sa suite et avec lui nous entreprenions la traversée qui nous fera rejoindre les hommes et les femmes de ce temps et leur annoncer le Christ.

« Malheur à moi si je n’évangélisais pas ! », s’écriait saint Paul. Frères et sœurs, que cette nécessité intérieure d’avoir à annoncer l’Evangile vous habite constamment comme elle doit habiter tous les disciples du Christ. Non pas seulement vous qui êtes membres d’instituts et de sociétés de vie apostolique, mais vous aussi, frères et sœurs, qui vous consacrez à Dieu et à son œuvre dans la contemplation et le silence du cloître. Car l’œuvre de Dieu à laquelle chacun est appelé à collaborer selon sa vocation, c’est que tout homme le connaisse et se tourne vers lui en lui disant « Abba, Père ! ». En ce sens, il me paraît particulièrement heureux que le nom donné à votre rassemblement l’inscrive dans une perspective délibérément apostolique : « Missionnaires de l’espérance ».

Missionnaires, vous l’êtes par appel de Dieu, chacun selon le charisme propre de votre ordre, de votre institut ou de votre société. Missionnaires de l’espérance. Car, c’est bien d’espérance que manque notre monde. Un monde sans autre horizon que terrestre, sans véritable perspective d’avenir, qui, à défaut, se replie sur des satisfactions immédiates et donc éphémères. Le Christ est notre bienheureuse espérance. Il ouvre à chaque homme et au monde un avenir qui donne sens à la vie, qui lui donne de la profondeur et du souffle, qui permet d’affronter le temps présent et d’y travailler avec courage et dans une paix profonde. Oui, soyez en ce temps des missionnaires de l’espérance. Ouvrez le monde à l’avenir que Dieu lui donne. Soyez témoins du Christ et de son Evangile !

Le récit évangélique fait apparaître que quitter les rivages auxquels nous sommes accoutumés pour rejoindre le pays vers lequel Dieu nous envoie n’est pas une tranquille croisière. Cela ne se fait pas sans turbulences et sans vagues. En témoigne la violente tempête qui s’est abattue sur le lac de Galilée. Mais le récit nous enseigne aussi que, dans ces moments-là, le Christ n’est pas absent même s’il est silencieux. Il est dans la barque avec ses disciples. Il les exhorte à s’appuyer plus que jamais sur lui, autrement dit à croire en lui : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Entendons cette interpellation de Jésus. Il est notre rocher. Il est notre sécurité. Malgré les inquiétudes qu’éprouvent aujourd’hui beaucoup de disciples dans une Eglise en pleine traversée et fortement secouée par les vagues, je me réjouis de voir l’intérêt nouveau pour la Parole de Dieu, pour la prière, pour l’adoration eucharistique et pour des célébrations liturgiques de qualité. J’y vois là une réponse à l’invitation que Jésus adresse à ses disciples de s’unir davantage à lui. Plus la barque est secouée, plus nous devons faire retour au Christ et prendre appui sur lui. 

Chers amis, vous avez misé toute votre vie sur le Christ pour le suivre avec des frères et des sœurs. Dans ce temps de traversée agitée pour notre Eglise mais aussi pour nos sociétés humaines, vous avez une double mission : celle de témoigner dans l’Eglise par votre vie et votre engagement de la nécessité de nous ancrer dans le Christ pour être en mesure de prendre résolument le large de la mission ; celle aussi de témoigner dans le monde que son avenir dépasse infiniment l’horizon terrestre et que suivre le Christ, c’est prendre la route de la vie et du bonheur.

Chers frères et sœurs, que l’Esprit de Pentecôte fasse de vous des missionnaires de l’espérance pour l’Eglise et pour le monde.
 

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