Edito de URCEC Infos n°8

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Union des Réseaux Congréganistes de l’Enseignement Catholique

 
Eloge de la différence

Période d’élections où l’on parle beaucoup de moyens financiers et humains à mettre ou non à la disposition des établissements scolaires. N’y aurait-il pas avant tout à réfléchir sur le bien-fondé de l’école ? Je me permets de vous proposer cet « éloge de la différence » comme éditorial du numéro d’avril, texte écrit à l’issue d’un repas « mouvementé ». Bruno Chanel – trésorier –

« Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé des clones ? Ce serait tellement plus facile à vivre et à gérer !

Imaginez la classe : tout le monde comprend tout en même temps, tout le monde partage le même point de vue, sur l’école, sur les profs, sur les programmes… Il n’y aurait plus de conflits entre les communautés croyantes ; un même Dieu avec le même nom pour tout le monde et les mêmes pratiques et dévotions. Bref… le paradis… Mais on a le sentiment que Dieu a volontairement compliqué les choses. Relisez les récits de la création : ça grouille (Gn 1,20-21), ça prolifère (Gn 1,22), les plantes, les oiseaux, les animaux. Et Dieu trouve cela très bon.

Il y a pire encore : la première tentative que font les hommes pour s’unir, pour se faire un nom afin de ne pas être dispersés », une fausse bonne idée, cette construction de la tour de Babel est condamnée formellement par Dieu. Il s’en plaint : ils ne sont tous qu’un peuple et qu’une langue et c’est là leur première oeuvre. (Gn 11,6). Et il ne trouve rien de mieux à faire que de brouiller leurs langues afin qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. (Gn 11,7)

Mais enfin, que veut-il donc, ce Dieu, en nous imposant un passage obligé par la différence, par la rencontre de l’autre… ? C’est simple. Il nous apprend que ce passage obligé par la rencontre est la seule façon de devenir une personne. Et que ces autres, fussent-ils déplaisants, agressifs, insensés – c’est-à-dire ne pensant pas comme moi - sont des relais essentiels, indispensables, pour que je devienne une personne humaine. Cette diversité-là plaît à Dieu. Et Jésus persiste et signe en incluant dans les béatitudes, comme dans le jugement final (Mt 25), tous les hommes de bonne volonté sans se préoccuper de savoir s’ils votent à droite ou à gauche, ou s’ils prient en se tournant vers la Mecque ou dans une église.

Encore faut-il que j’accepte la rencontre. Et que j’aie la patience, la sérénité, le calme voulu pour entendre et accepter ce qui peut me troubler, me heurter dans la rencontre, dans les paroles. La rencontre peut être un champ de bataille. Elle peut être aussi une interpellation à mon « moi » le plus profond. Pourquoi me gêne-t-elle ? M’attire-t-elle ? Me scandalise-t-elle ? Que me révèle-t-elle de moi-même… et qui ne me fait pas forcément plaisir ?

L’école bien sûr, est ce lieu d’apprentissage privilégié de la rencontre des autres, des générations entre elles, des milieux sociaux entre eux. La classe, la salle des profs, les terrains de jeux peuvent être autant de lieux où l’on apprend la rencontre en évitant la confusion, la fusion. Où l’on cherche à s’enrichir mutuellement pour combattre le choc des ignorances.

 

François Drouilly, sm.

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