Diaconia 2013 par Sr Françoise Schill

La Conférence des Evêques de France ainsi que près de 50 mouvements et services d’Eglise invitent les chrétiens à porter une plus grande attention au devenir de la société dans laquelle ils sont acteurs de charité. Cette démarche durera trois ans et sera centrée sur le service des frères. La « diaconie » est un autre nom de la Mission. 

Le Pape Benoît XVI a rappelé, dans son encyclique, Deus Caritas Est, le triple axe de la mission de l’Eglise : « La nature profonde de l’Église s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (martyria), célébration des sacrements (leitourgia), service de la charité (diakonia). Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. » (DCE n°25). Et à la suite de leurs travaux sur les nouvelles pauvretés, les Evêques de France ont rappelé l’importance de l’articulation de ces 3 tâches et lancé un appel pour resituer le « service de la charité » au cœur de la vie des communautés : « Tous, nous sommes appelés à mettre la « diaconie » au cœur de notre action : « Car c’est un exemple que je vous ai donné » (Jean 13, 15). » (Lettre aux communautés chrétiennes, « La charité du Christ nous presse », Lourdes, 2009).

Le Conseil National de la Solidarité de l’Eglise de France a donc souhaité donner sens et nouer ensemble tout ce qui se vit avec les différents acteurs de la solidarité afin que le service des frères redevienne l’affaire de tous les baptisés, et non plus seulement des organismes spécialisés. L’idée est bien de mobiliser tous les chrétiens autour de cette dynamique fondamentale de la foi qu’est le service à la suite du Christ-Serviteur, selon le modèle « Ecclesia 2007 » qui avait conduit à élargir la responsabilité du service de la Parole à toute l’Eglise.

Plusieurs étapes guideront cette démarche de trois années :

De septembre 2011 à juin 2012, l’attention portera sur l’articulation entre « Service des frères » et « Service de la Parole ». Dans un premier temps, jusqu’au carême 2012, il s’agira de mettre en valeur et collecter tout ce qui se vit sur le terrain en matière de charité. Puis du carême 2012 jusqu’au mois de juin 2012, il s’agira de le partager et le vivre avec d’autres en croisant les différents regards sur les situations de fragilité et les enjeux sociaux du territoire, par une écoute et un partage des témoignages individuels et collectifs recueillis, un partage fraternel avec les plus fragiles, une réflexion en communauté sur le thème croisé « Diaconie et Parole », en vue de mieux agir ensemble. 

De septembre 2012 à avril 2013, l’attention sera donnée à l’articulation entre « Service des frères » et « Service de la liturgie ». Jusqu’au carême 2013, il s’agira de mettre en valeur ce qui sevit pour approfondir les liens entre service des frères et liturgie ; et d’aider les communautés à rejoindre ceux qui sont aux marges de la société et loin de l’Eglise, pour célébrer la fraternité, et relier l’engagement social et la vie liturgique de la communauté, pour repérer ensemble comment le service des frères enrichit, modifie et transforme notre manière de célébrer et d’accueillir les plus pauvres et les chrétiens du seuil dans leur démarche sacramentelle, comme dans leur demande d’accueil et d’écoute.

La démarche se conclura par un grand rassemblement national « Diaconia 2013 » à Lourdes à l’Ascension (10-12 mai 2013). Il permettra un partage et un approfondissement de tout ce qui aura été vécu au cours des deux années précédentes, en veillant à promouvoir la place, la parole et l’expression de la foi des personnes en situation de fragilité pour célébrer ensemble ce qui a été ainsi vécu. Il sera l’occasion d’un envoi, d’un engagement de l’Eglise de France sur le « service de la charité », en prenant appui sur ces travaux, les réalités de la société et de l’Eglise, et l’approfondissement des encycliques Deus Caritas est et Caritas in veritate.

L’ensemble de la démarche vise bien à articuler les trois grands piliers de la foi. L’amour de charité est la source du service. Quand on parle de la diaconie, on ne parle pas de la tâche accomplie, de l’action faite, mais d’abord de la Mission du Christ. La diaconie est donc un autre nom de la Mission. C’est la manière de vivre en Christ. Le christ est venu pour servir ; nous sommes tous serviteurs de l’œuvre de Dieu en nous et au cœur de ce monde. L’Amour de charité en Christ est à la source de tout service. Le service du frère ne découle pas de la foi ; il n’est pas une mise en œuvre éthique de la foi. Mais il est un des lieux sources de la foi, de la vie du Christ, au même titre que peuvent l’être la Parole accueillie ou la vie du Christ célébrée. La diaconie (le service du frère) n’est pas la conséquence éthique des deux autres pôles (Parole de Dieu et Liturgie) ; ce à quoi pourtant nous la réduisons trop souvent.

Alain Durand va même jusqu’à dire : « la Parole réalisant la présence à l’autre est en elle-même diaconie. » La diaconie est donc bien la Mission du Christ qui traverse toute la vie de foi de l’homme. Nous sommes tous appelés à mettre la diaconie au cœur de toutes nos actions, comme un des fondements de notre être chrétien, comme fraternité en Christ. Souvent nous parlons pour le service de l’option préférentielle pour les pauvres. C’est une façon de marquer au fer rouge que la diaconie est justice. Dans le soin de l’autre, dans le service, il existe une option pour la justice qui est fondamentale ; cependant l’option préférentielle pour les pauvres ne dit pas tout. La diaconie est beaucoup plus que cela. Lors du jugement dernier dans l’évangile de Matthieu 25, les personnes qui ont vécu le service demandent en quelles circonstances elles ont pu servir le Christ. Elles n’en savent donc rien. C’est la Parole de Dieu qui leur révèle cela pour le célébrer dans la vie du Christ. La Parole de Dieu dévoile le sens de la diaconie, elle révèle la profondeur de ma manière d’être comme une manière d’être en Christ.

Tous, nous sommes appelés à mettre la diaconie au cœur de notre action, de notre manière d’être chrétien, d’être du Christ. Oui, la diaconie est une tâche profonde de l’Eglise, mais une tâche beaucoup plus profonde que nos seules actions. La diaconie, au cœur de mes pensées, de mes paroles et de mes actes, est « lieu source », lieu de la rencontre du Christ Vivant. Et comme tout service du frère m’invite à faire corps avec d’autres, la diaconie me conduit à faire Eglise.

 
Sr Françoise SCHILL
Comité de suivi diaconia 2013
responsable du Service Vie Internationale
de la CORREF (Conférence des Religieux et Religieuses de France)

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