Défendre les droits de l’enfant

Le frère Nicolas Capelle insiste sur la nécessité de défendre les droits de l’enfant dans toute société...

Durant cinq ans j’ai eu à faire connaître la Convention Internationale des Droits de l’Enfant dans les 81 pays où est implanté le réseau éducatif qui se réclame de Jean Baptiste de La Salle. La tâche a été très rude. Et notamment dans les pays du Nord, Europe et Etats-Unis confondus. Il y a, là, comme un aveuglement des pouvoirs et des opinions publiques qui, finalement, considèrent que la préoccupation de l’Enfant (de 0 à sa majorité) et de la prise en compte de « l’intérêt supérieur de l’Enfant » sont, au mieux, des impératifs qui s’adressent aux pays du Sud , au pire, des extravagances d’idéalistes du premier monde ! Combien de fois n’ai-je pas entendu, aux Etats-Unis comme en France, les réactions suivantes : « Mais de quoi nous parlez-vous ? Nos enfants ne sont-ils pas respectés ? Bien sûr il y a des marges, comme partout ; mais enfin, calmez-vous ; parlez-leur plutôt de leurs devoirs ! ».

Quelle méconnaissance de réalités secrètes, dissimulées, muettes. Quelle étroitesse de vue ! Car les « droits de l’Enfant » interrogent durablement nos sociétés qui ont à préparer leur avenir avec ces hommes et ces femmes en devenir . Quelles représentations avons-nous de nos enfants ? Croyons-nous qu’ils correspondent invariablement à ce que nous avons pu connaître ? Ignorerions-nous qu’ils sont aussi le produit d’un environnement qui change sans cesse et qui les traverse malgré nous ? Et qu’ils ont des énergies et une compréhension des choses qu’il nous serait fatal d’ignorer.

Considérer, systématiquement, « l’intérêt supérieur de l’Enfant », c’est nous donner collectivement un critère de jugement pour interroger nos paresses, nos habitudes, notre écoute, notre attention, nos approches, et même les réflexes anti-jeunes qui menacent insidieusement une société qui vieillit . Penser à partir des droits de l’Enfant, c’est construire notre avenir commun.

Nous avons salué, il y a dix ans, la mise en place et l’indépendance du Défenseur des droits de l’Enfant, en France. Et nous avons eu raison. Les deux Titulaires de la charge ont réalisé un travail impressionnant, avec leurs équipes régionales notamment. 20 000 plaintes ont été traitées, mettant le doigt sur des tendances lourdes de notre société française : tentatives de suicides, mal-être chronique des adolescents, difficile dialogue des jeunes avec leurs enseignants comme avec les forces de l’ordre…Tendances que notre société, sollicitée par d’autres urgences, peine à décrypter et voudrait oublier.

Pour deux raisons claires, la France doit conserver la visibilité de cette Institution, sans la diluer dans un dispositif complexe et peu lisible :

- d’abord, parce que nos concitoyens doivent élargir leur compréhension des droits de l’Enfant pour la société changeante qui est la nôtre. Et cela d’autant plus que le « nouveau lycée » annoncé se prépare à laisser plus d’autonomie aux jeunes et à mieux prendre en considération leurs énergies et leurs propositions. Or, la réussite d’un tel pari ne peut s’obtenir que si nous acceptons que les enfants et les jeunes soient aussi, avec nous et à leur mesure, des acteurs de notre développement social. Ce qui va nous obliger à travailler ce qu’est « l’intérêt supérieur de l’Enfant ».

- ensuite, parce que nous sommes partenaires de 190 pays (excepté EU et Somalie) – dont 28 pays européens- qui se sont engagés comme nous dans un combat qui est déterminant pour les sociétés de demain. Si la France gomme tant soit peu sa visibilité en ce domaine, elle contribuera à compromettre l’effort immense réalisé durant vingt ans ; et d’autres pays – de façon plus cynique- s’attelleront au détricotage d’une Convention internationale qui les gêne et qu’ils ont signé à contre-cœur. Alors nous n’aurons plus rien à dire à personne.

Frère Nicolas Capelle
Président CORREF

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